• JtlP.14 : Appartement de Guillaume, Paris Le 12 avril, à 5h30

                Chantilly bâilla. Voilà un long moment que son maître était debout. Il avait allumé le téléviseur et programmée une chaîne diffusant en continue le journal télévisé. Il avait déjà bu deux cafés, joué un solo à la guitare, réveillé ses voisins et déclamées plusieurs tirades en faisant les cent pas autour de la table en bois du salon, table qui avait autrefois appartenue à sa grand-mère. Si elle avait été encore en vie, il aurait eu droit à un long discours sur les bienfaits du sommeil et l’utilité de dormir huit heures par nuit. Mais il ne parvenait pas à fermer l’œil car il attendait impatiemment la réaction de la Corée du Nord face à la déclaration que le président français avait fait la veille au soir. Pour l’instant, le présentateur à l’écran parlait de l’incendie qui s’était déclaré dans le Var. Guillaume se rendit donc dans la cuisine avec l’intention de se préparer une troisième boisson à base de caféine. De son côté, Chantilly roula sur le dos. Pour une fois qu’elle était seule sur le canapé, elle comptait bien en profiter. La tête en arrière dans le vide, elle ferma les yeux. Peut-être allait-elle pouvoir se rendormir.

                Un énorme bruit venant du salon fit sursauter Guillaume qui s’y précipita, une tasse à la main. Il trouva le caniche au pied du sofa, en train de se secouer.

                -Tu es tombée ? s’amusa l’acteur en s’approchant du chien. Tu ne t’es pas fais mal au moins ?

                Chantilly l’ignora et se dirigea vers la chambre à coucher car le lit était plus confortable que le canapé. Un sourire moqueur sur les lèvres, Guillaume se redressa. Son regard se fixa sur le poste de télévision au moment où le présentateur laissait la place à un journaliste.

                -Tout à fait, Michel, disait justement celui-ci. Je peux vous confirmer que le Japon retire sa déclaration de guerre. Il n’y aura donc pas de lutte armée entre le pays du soleil levant et la Corée du Nord qui, je vous le rappelle, n’a toujours pas réagit à la déclaration du président même si cela ne saurait tarder.

                Le présentateur reprit la parole et enchaîna sur un autre sujet d’actualité. Guillaume soupira :

                -Enfin une bonne nouvelle.

                Il se laissa tomber lourdement sur le canapé, soulagé. Pas de guerre, cela signifiait pas de victimes civiles. Les Japonais et les Coréens pouvaient respirer, ils seraient épargnés. A présent, il fallait attendre que la Corée du Nord se décide à parler. Guillaume se perdit dans ses pensées et faillit ne pas entendre le journaliste qui, à peine quelques minutes plus tard, apparaissait de nouveau à l’antenne :

                -La Corée du Nord a finalement répondu au chef d’état français. On l’écoute.

                Le visage du nord coréen s’afficha sur l’écran et commença à parler. Tout ce qu’il disait était traduit en bas de l’écran. Avignant put alors lire les phrases suivantes :

                « Hatori Honda est entré illégalement sur notre territoire. Mes hommes vont se lancer à sa poursuite. Quant à l’équipe d’intervention des occidentaux, nous la raccompagnerons à la frontière russe afin que ses membres puissent rentrer chez eux. »

                Guillaume ne réagit pas tout de suite. Il fallut attendre que le présentateur répète cette annonce pour qu’il laisse échapper un cri de joie qui attira Chantilly dans le salon tandis qu’un voisin agacé frappait violemment contre le mur. Avignant l’ignora et se précipita sur son chien qu’il saisit à bout de bras et souleva au-dessus de sa tête.

                -Tu as entendu ça, Chantilly ? Agathe va rentrer ! Elle va rentrer !

                Après avoir effectué un tour sur lui-même, il déposa le caniche sur le sol et attrapa son téléphone. Il composa le numéro de Thomas. Ce dernier répondit au bout de cinq sonneries.

                -Allô, Guillaume ? Bon sang, jura Robson, t’as vu l’heure ? Qu’est-ce qu’il te prend de me déranger maintenant ?

                -Désolé, Tom, s’excusa-t-il, mais il fallait que je te prévienne.

                -Me prévenir de quoi ? grommela l’autre d’une voix ensommeillée.

                -Les Coréens !

                -Qu’est-ce qu’ils ont, les Coréens ? Tu ferais mieux de parler vite sinon je raccroche.

                -Ils vont tenter d’arrêter Honda. Et ils vont rapatrier Agathe et les autres !

                -Génial, murmura Thomas sans conviction.

                -Je te redirais ça quand tu seras mieux réveillé, plaisanta Guillaume. Bon, je te laisse terminer ta nuit. On se voit tout à l’heure chez Yannick.

                -C’est ça, à demain.

                Thomas mit fin à la communication de manière brutale mais Guillaume ne s’en préoccupa pas. Agathe allait revenir, c’était le plus important.


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