• JtlP : Un bonus !

    Et si je vous disais qu'Agathe et Guillaume s'étaient déjà rencontré ? Cela s'est passé quelques mois avant l'interview des comédiens de "Mon cher mari cocu" par Agathe.

    Je vous laisse apprécier cette petite anecdote ! Et je vous précise aussi qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu "Je te le Paris" en entier pour lire ce petit texte (qui ne contient aucun spoiler !).

    Bonne lecture ! Et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! ;-)

     

     

     

     

     

                La pénombre silencieuse d’une salle de cinéma quelques minutes avant la projection. Seule la musique de la radio vient troubler la quiétude. Surtout à la séance de 11h00 un mardi matin pour une projection en anglais sous-titrée dans une petite salle parisienne. Mais ce jour-là, on entendit quelque chose de plus bruyant :

     

                -Puisque je te dis que c’est hors de question !

     

                -Ne fais ta tête de mule, Guillaume ! l’avertit Emilie. Je n’irais pas seule là-bas ! Ça passe trop mal !

     

                -Alors n’y va pas ! lâcha Guillaume sur un ton excédé.

     

                -Bien sûr que j’irais ! glapit Emilie. Et je t’y traînerai de force s’il le faut.

     

                -Essaie un peu pour voir !

     

                Il quitta son siège. Il en avait assez de se disputer avec elle. Il était presque impossible d’avoir le dernier mot. Et pourtant, il avait de la répartie.

     

                -On peut savoir où tu vas ? s’étonna Emilie.

     

                -M’asseoir ailleurs, répondit-il sèchement.

     

                -Si tu fais ça, j’irai au mariage avec Nico !

     

                La menace fit son effet et Guillaume s’arrêta, mais il tournait toujours le dos à l’ex-miss France. Il hésita un instant : si elle allait au mariage du chanteur Jacques Victor avec un autre homme, elle mettait officiellement fin à leur relation. Cependant, la colère n’était pas retombée alors il laissa échapper un :

     

                -Pas plus mal.

     

                Et reprit sa descente entre les rangées de fauteuils rouges. Trois rangs avant l’écran, il repéra une jeune femme qui était seule. Elle avait l’air plutôt joli. Il eut un sourire sadique et alla s’asseoir près d’elle, pour faire enrager Emilie. Il laissa tout de même un siège d’écart entre lui et l’inconnue. Celle-ci le regardait prendre place. Son visage était impassible mais ses yeux brillaient de plaisir. A l’évidence, elle avait écouté toute la conversation et semblait mourir d’envie de faire un commentaire. Elle ne dit rien. Elle se contentait de le fixer du regard. Et quels yeux elle avait ! Ils étaient d’un bleu vert extraordinaire. Le châtain des cheveux bouclés les mettait en valeur. Il fallut plusieurs secondes à Guillaume pour se reprendre et parvenir à adresser la parole à la belle jeune femme.

     

                -J’espère que ça ne vous embête pas si je m’assoie là.

     

                -Non, pas du tout, répondit-elle avec un sourire.

     

                Elle se retint d’ajouter quelque chose. Charmeur, Guillaume insista :

     

                -Vous alliez dire ?

     

                -Rien d’important, affirma-t-elle avant de continuer. Vous n’avez pas peur du ridicule, pour vous afficher ainsi en pleine querelle conjugale.

     

                -M’afficher ? A part vous, il n’y a personne !

     

                Guillaume jeta tout de même un regard à l’entour pour vérifier.

     

                -Sauf un jeune homme. Et deux vieilles dames. Et quelqu’un d’autre là-bas.

     

                Tout à sa dispute, il n’avait pas remarqué qu’il y avait des spectateurs dans la salle. Mais ils semblaient faire comme si rien ne s’était passé. Devant son air confus, la jeune femme éclata de rire. C’était un rire joyeux et chantant, pas du tout vulgaire. Guillaume fut séduit. Quitte à ce qu’elle se moque de lui, il ajouta :

     

                -Vous n’en avez pas perdu une miette je suppose ?

     

                -Pas une ! C’était d’ailleurs fort instructif.

     

                -Ah oui ? fit-il avec intérêt. Et qu’avez-vous appris ?

     

                -Pour commencer, vous aimez avoir le dernier mot. Vous vous montrez entêté et sûr de vous. Ce n’est qu’une façade. Quand elle a parlé de, Nicolas Martell je suppose ?

     

                Guillaume acquiesça du regard. Martell était un acteur avec qui Emilie avait tourné cinq ans auparavant. Ils étaient sortis ensemble mais ça n’avait duré que quelques mois. A la mention de ce nom, Guillaume fut certain d’avoir été reconnu. Du reste, le contraire l’aurait étonné et l’aurait même un peu vexé.

     

                -Quand elle a parlé de Nicolas Martell, continua la jeune femme, vous vous êtes arrêté un instant pour réfléchir preuve finalement qu’un rien peut ébranler vos résolutions.

     

                -C’est un bien curieux portrait que vous brossez là, mademoiselle.

     

                Il marqua une pause, mais elle ne lui donna pas son nom. Déçu, il poursuivit :

     

                -Je ne peux pas juger moi-même de son exactitude mais il me semble assez fidèle. Mais quelque chose retient mon attention. Un rien, avez-vous dit ?

     

                -Parfaitement, un rien, répéta-t-elle. Si je me fie à la presse, votre couple bas de l’aile depuis un certain temps déjà. Vous êtes ensemble un jour, le lendemain ce n’est plus le cas. Alors à quoi bon vous accrocher ! Laissez tomber une bonne fois pour toute.

     

                Le visage de Guillaume afficha une expression à mi-chemin entre la perplexité et l’étonnement.

     

                -Ça, ça a le mérite d’être direct.

     

                Il y eut un silence, que la jeune femme rompit la première :

     

                -Vous n’aimez pas les reproches.

     

                -Personne ne les aime, souligna-t-il.

     

                -Pas faux.

     

                Ils échangèrent un sourire amusé. Elle avait plongé ses yeux dans les siens et il ne se lassait pas d’admirer son regard.

     

                -Vous devriez y retourner, dit-elle après un moment.

     

                -C’est drôle, il y a un instant, il m’a semblé que vous me conseilliez de lâcher prise et maintenant vous vous ravisez.

     

                Il avait opté pour un ton léger mais elle répondit plus posément :

     

                -Je me dis à la réflexion que si vous êtes encore ensemble, c’est que vous n’êtes pas prêt pour vous séparer d’elle. Un jour peut-être, mais pas maintenant.

     

                Guillaume resta muet. Il trouvait étrange de se reconnaître autant dans les paroles de la jeune femme, car il lui semblait vraiment qu’elle lisait en lui comme dans un livre.

     

                Une bourrasque venue de derrière lui le refroidit soudain. C’était Emilie qui, après avoir observé pendant un long moment son compagnon discuter avec l’autre-là ! avait décidé qu’elle n’avait plus rien à faire ici et s’était levée en étouffant un juron. Elle avait rapidement descendue la volée de marches qui menait à la sortie et Guillaume, sans se retourner, soupira.

     

                -Comment fait-elle pour faire claquer ses talons sur de la moquette ? demanda la belle inconnue d’un air faussement sérieux.

     

                -Je lui demanderai, promit-il en souriant.

     

                Elle lui indiqua la porte du menton.

     

                -Allez la rejoindre, avant qu’elle ne soit trop loin.

     

                Guillaume hésita mais se mit finalement debout. Il regretta aussitôt de l’avoir fait. Cependant il se tourna vers la jeune femme.

     

                -Comment puis-je vous revoir ?

     

                -Courez, ordonna-t-elle en détachant les syllabes.

     

                -Je ne sais même pas comment vous vous appelez.

     

                -Allez ! insista-t-elle en appuyant ses propos d’un geste de la main.

     

                Guillaume réfléchit encore. S’il partait, il ne la reverrait jamais. Elle lui souriait d’un air encourageant, et vaguement moqueur, lui sembla-t-il.

     

                -Au plaisir, dit-il enfin en se penchant légèrement en avant pour saluer.

     

                Il détacha son regard du vert marin des yeux de la jeune femme puis se retourna et sortit à grandes enjambées.

     

                Agathe s’appuya contre le dossier de son fauteuil en se mordant la lèvre. Elle ne parvenait pas à mettre des mots sur les pensées contradictoires qui se chevauchaient dans son esprit. Elle se trouvait sotte d’avoir agi ainsi et en même temps elle éprouvait une sorte de fierté de l’avoir fait. Les lumières s’éteignirent doucement dans la salle. Elle n’avait plus vraiment envie de voir ce film. Elle se saisit machinalement de son téléphone et écrivit un message à l’attention de Maria, sa meilleure amie.

     

                « Tu ne devineras jamais par qui je viens de me faire draguer ! »

     

                Elle ferma un instant les yeux mais le visage du célèbre comédien lui apparut bientôt et elle préféra les rouvrir. Sur l’écran, un chronomètre s’était affiché. Six minutes cinquante-neuf avant le début du film. Dans sa main, son portable vibra.

     

                « Par qui ??? » fut la réponse impatiente qu’elle obtint.

     

                « Guillaume Avignant ! »

     

                Elle appuya sur la touche « envoyer ». Devant elle, un numéro à dix chiffres bien connu s’affichait avec sa ribambelle de zéros sur fond de ciel étoilé. Elle sourit en repensant à ce qui venait de se passer. La réponse de Maria ne se fit guère attendre.

     

                « NON ?!?! LE Guillaume Avignant ??? Raconte ! »

     

                Agathe lui détailla rapidement ce qui venait de se passer. Elle employa volontairement le style calme et détaché de l’observateur extérieur pour faire croire, à son amie autant qu’à elle-même, qu’elle n’était pas le moins du monde affectée par les évènements.

     

                « T’as récupéré son numéro au moins ? »

     

                Agathe soupira. Elle aurait aimé une autre réponse. Elle écrivit :

     

                « Je n’y ai pas pensé. »

     

                Cette fois-ci, Agathe attendit plus longtemps. Devant ses yeux défilait une bande-annonce pour un film estampillé « sélection officielle de festival de Cannes » mais elle n’y prêta pas attention. La publicité suivante était pour un modèle de voiture hybride. Cela lui arracha une légère moue : elle n’aimait pas venir au cinéma pour voir avant le film les mêmes publicités qu’à la télévision, ce n’était pas drôle.

     

                « Ou comment ne pas dire non. Je savais que tu me répondrais ça Agathe. Je te connais par cœur ! Laisse-moi deviner, tu l’as trouvé très séduisant mais tu n’as pas fait un seul effort pour répondre à ses avances. Et maintenant tu regrettes ! »

     

                « Non » envoya-t-elle.

     

                Et l’absence de point était censée indiquer à son amie qu’il ne s’agissait pas de la vérité. Comme prévu, et au grand désespoir d’Agathe, Maria ne remarqua rien.

     

                « Y a vraiment des fois où t’es bizarre ! »

     

                Ce commentaire n’attendait pas de réponse mais Agathe éprouva le désir d’envoyer un dernier message, comme pour inviter Maria à dire autre chose :

     

                « Ma foi, retour à la vie normale ! »

     


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